Masahiko Matsumoto

La fille du bureau de tabac

Bande Dessinée / Japon
272 pages / 170 x 240 mm
Traduit du japonais par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré
Prix : 21.30 euros
Disponibilité : disponible
ISBN : 9782916589589

La fille du bureau de tabac

Publiées dans les années 70, ces onze nouvelles ont pour cadre le Tokyo des années 60, dont Matsumoto excelle à dessiner les petites rues, les commerces, les restaurants. Des scènes de chantier, de travaux, de destructions, ponctuent le livre, symboles d’une ville en pleine mutation, urbaine et sociale. « Avez-vous mis votre coeur en alarme ? » Cette recommandation, symboliquement placée tout au début du livre, est comme une mise en garde adressée aux personnages, qui tous doivent négocier des transitions, faire des choix, dans un environnement incertain, où le mode de vie traditionnel se voit bousculé par la modernité.

Les rapports intergénérationnels, mais surtout les difficultés des relations hommes / femmes, souvent traitées avec beaucoup d’humour, sont au coeur de ces histoires courtes.

Matsumoto s’attache à faire comprendre le désarroi d’individus déchirés entre leur désir de liberté et d’indépendance, des contraintes matérielles pesantes – le souci de l’argent est très présent – et une tradition encore prégnante, avec le mariage, souvent arrangé, comme rite de passage obligé. L’approche est sensible et fine, le ton, doux-amer : Matsumoto manie l’ellipse avec élégance, mais sait aussi se montrer cru et explicite, notamment lorsqu’il parle de sexualité. Une des nouvelles évoque ainsi très directement l’avortement d’une jeune femme abandonnée par son fiancé.

Parmi ses personnages, les femmes apparaissent souvent comme dégourdies, débrouillardes, décidées et lucides, par rapport à des hommes qui se montrent timides, velléitaires et immatures. Couples atypiques, amours bancales, désirs inavoués, inassouvis : ces histoires s’entrecroisent et forment un tableau à la fois nostalgique et plein de charme, un témoignage passionnant sur la sensibilité d’une époque.

Masahiko Matsumoto

Né en 1934 à Osaka, Masahiko Matsumoto est l’un des membres fondateurs du Gekiga, mouvement qui révolutionna la bande dessinée japonaise au tournant des années 60. En 1959, il fonde l’atelier Gekiga Kobo en compagnie de sept autres auteurs, notamment Yoshihiro Tatsumi. Ces jeunes mangakas souhaitent refléter les difficultés sociales du pays, dans un style plus réaliste, plus dur, parfois violent. Matsumoto Masahiko consacrera un album à cette aventure humaine et artistique, dont il fut à la fois témoin et acteur.

Auteur prolifique, Matsumoto produit des milliers de pages de manga dans les années 50 et 60. Puis il ralentit le rythme de sa production pour se tourner vers des oeuvres plus personnelles. Son oeuvre, reconnue et respectée, influence de nombreux dessinateurs de l’époque.

Au début des années 2000, on redécouvre son travail, notamment la série Panda Ra Bû. Ses oeuvres sont régulièrement rééditées au Japon, et seront prochainement traduites aux Etats-Unis. Il meurt d’un cancer en 2005.